Propositions du Comité de Liaison ONG-UNESCO en vue du Sommet de Johannesbourg et de son suivi

 

« N’OUBLIONS JAMAIS LE ROLE CENTRAL QUE L’EDUCATION JOUE

DANS LA PROMOTION D’UN DEVELOPPEMENT EQUITABLE ET DURABLE » [1]

 

Dans la perspective du Sommet Mondial sur le Développement Durable qui se tiendra à Johannesbourg (Afrique du Sud) du 26 Août au 6 Septembre 2002, le Comité de Liaison ONG/UNESCO tient à formuler un certain nombre de propositions en tenant compte des éléments suivants : 

 

·         L’éducation formelle et non formelle doit être au cœur du dispositif pour le développement durable et les ONG peuvent apporter leur grand potentiel basé sur de nombreuses expériences de terrain,

 

·         La problématique monde rural/monde urbain notamment en matière d’éducation est plus que jamais à prendre en compte,

 

·         Le développement durable implique que tous les besoins des populations en matière de nourriture, de logement, d’accès à l’eau potable, de soins de santé, d’éducation, d’emploi, de transport comme de développement culturel, soient satisfaits. Il est aussi impératif de veiller à ce que les populations en grande pauvreté soient effectivement atteintes.

 

·         Toute action durable doit impérativement prendre en considération les questions plus larges du développement économique, social et culturel , de lutte contre la pauvreté, de la consommation équilibrée des ressources, de l’emploi et de la qualité de la vie,

 

·         Pour permettre à tous les enfants du monde de se développer, ainsi qu’aux adultes d’être assurés de lieux de vie et de travail, un environnement sûr et sain respectant la dignité humaine, est indispensable.

 

·         En partenariat avec les familles et groupes de population en grande pauvreté, il faudra également chercher les moyens de renforcer les capacités de ces familles et de ces groupes, afin de leur permettre de faire entendre leur voix, et d’avoir accès à tout ce qui est proposé à la communauté.

 

Dans cette perspective Le Comité de Liaison ONG-UNESCO propose des actions dans les domaines suivants :

 

-          le savoir local ;

-          le Patrimoine culturel ;

-          l’enseignement supérieur ;

-          le problème de l’eau ; 

-          le réseau internet.

 

Le savoir local : un savoir utile et qui rend fier

 

Une action pourrait être décidée à Johannesbourg et se poursuivre sur le long terme, en associant, en partenariat, les ONG de terrain et les populations les plus démunies avec lesquelles elles travaillent, les ONG internationales et l’UNESCO. En partant des savoirs locaux, sans omettre ceux des populations les plus démunies et, en tenant compte du document de la Commission Programmatique Mixte « Eradication de la pauvreté » : « Rebâtir un monde qui ne laisse personne de côté »[2]

 

« Tout ce que nous savons faire, c’est broder ». « Voulez vous dessiner pour nous ? ». Tel était l’appel lancé par quelques jeunes filles de Pondichéry, vouées au chômage, à un professeur de dessin, il y a une trentaine d’années.

 

Un partenariat volontariste, fondé sur la confiance, l’amour du beau et la fierté d’être appréciée, a permis d’initier un vrai développement, créateur d’emplois rémunérateurs, dans un cadre Nord/Sud. Crèche, dispensaire, école ont suivi l’atelier de dessin et de broderie.

 

Stratégies de développement transférables et adaptables, qui doivent se maintenir ; les savoirs locaux, que ce soit en artisanat, médecine ou économies d’eau et de nourriture, doivent être répertoriés et transcrits pour éviter l’oubli. Mieux connus, ils pourraient alimenter un enseignement et une formation informels « pour un développement durable » qui respecte «l’égalité d’accès des filles et des garçons, des femmes et des hommes »[3].. 

 

Dans un contexte de mondialisation qui tend à gommer la tradition au profit d’une modernité uniforme et destructrice, et sur la base du travail des ONG diverses

 

Le  Comité de Liaison propose d’élaborer une «  ENCYCLOPEDIE DES SAVOIRS LOCAUX » et demande à l’UNESCO de la produire .

 

Les langues internationales permettraient le transfert des pratiques adaptables en d’autres lieux : la possibilité de décliner, en fonction des thèmes, en langues locales, permettrait, enfin, d’atteindre les plus pauvres parmi les pauvres.

 

Contribution à la sauvegarde d’un patrimoine riche et divers, cette publication contribuerait à la « défense et illustration » des langues locales et du pluralisme linguistique – qui est l’un des soucis majeurs des ONG et de l’UNESCO – en même temps qu’elle favoriserait la durabilité du développement et le respect de l’Autre en plaçant « l’humain au Centre ».

 

“Patrimoine culturel vecteur de paix et de développement durable”

 

"Le patrimoine culturel est non seulement un instrument de paix et de réconciliation, mais aussi un facteur de développement." Ainsi s'exprimait le Directeur général de l'UNESCO lors de l'ouverture de l'année des Nations Unies pour le patrimoine culturel (2002).

 

Au fil des décennies, le patrimoine culturel est devenu une réalité complexe s'inscrivant de plus en plus dans la vie et le développement des sociétés. Tel qu'il se présente aujourd'hui avec ses multiples facettes – patrimoine matériel, patrimoine immatériel - le patrimoine culturel apparaît bien comme une composante d'un développement durable.

 

Depuis longtemps, les ONG en relations avec l'UNESCO ont pris une multitude d'initiatives pour protéger et faire connaître au plus grand nombre les différents visages de ce patrimoine en soulignant son rôle universel.

 

Des ONG d’horizons divers ont élaboré des recommandations pour humaniser les espaces publics dans la ville – rues, places, parcs. Il s’agit d’enseigner particulièrement aux adolescents, garçons et filles, le développement historique de ces espaces publics. Pour cette éducation, les autorités en partenariat avec des professionnels et les habitants doivent :

1.       veiller à ce que les espaces publics soient dotés d’une identité reflétant l’histoire de leur contexte de façon significative pour tous

2.      imaginer,  en associant des adolescents, une histoire des espaces publics relatant leurs transformations

3.      Reconnaître que les espaces publics traditionnels et populaires sont des lieux privilégiés d’échanges et de transmissions des traditions orales et relèvent du « patrimoine culturel ». Les espaces publics concernent la transmission des cultures et des civilisations et sont des éléments de construction du lien social.

4.      évaluer régulièrement l’évolution des espaces publics en ce qui concerne leurs usages.

 

Par ailleurs, dans le cadre de la " décennie internationale de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde ", la Conférence internationale des ONG, réunie à Paris du 12 au 15 décembre 2001, a souhaité soutenir l'initiative née de l'appel lancé par le Directeur général de l'UNESCO visant à identifier ou créer " des lieux ou des monuments historiques, porteurs d'un message de paix qui symbolisent l'engagement politique et citoyen en faveur de la paix et de la non-violence.

Souhaitant promouvoir tout au long de cette année 2002, la découverte du patrimoine culturel dans un esprit de dialogue, de paix et de réconciliation,

le Comité de Liaison ONG-UNESCO se propose d'organiser en 2002  une journée de réflexion rassemblant les ONG sur “ le patrimoine culturel, vecteur de paix et de développement durable”.

 

Cette journée de réflexion permettrait un vaste échange d'informations entre les ONG sur leurs expériences d'éducation à la paix à travers le patrimoine culturel, sur les sites " messagers de la paix " et sur le patrimoine culturel comme vecteur du développement durable.

Connaître, respecter, gérer, protéger l’eau
L'affaire de chaque individu
"Notre Affaire à Tous"

                  

La Commission Programmatique Mixte « Science et Ethique » mise en place par le Comité de Liaison ONG-UNESCO, s’est donné pour objectif d’associer les ONG « non spécialistes » au débat non scientifique sur les problèmes éthiques et les problèmes de société soulevés par les avancées scientifiques et techniques et leurs applications. Le problème de l’eau relève de celui de Droits humains mal respectés, qui interpellent la société dans son ensemble, ONG aussi bien que chercheurs ou décideurs.

 

     Alors qu’un New-yorkais consomme 680L. d’eau par jour – dont 1/200e bu – un Kenyan dispose de 4L. d’eau par jour pour sa consommation et une femme africaine passe 1/5e de son temps, c’est à dire de sa vie, aux corvées quotidiennes d’eau souvent très éloignée du lieu de consommation. Et dans le même temps la quantité d’eau douce disponible par habitant et par an baisse de 30%, alors qu’on n’utilise en fait que 1% des ressources en eau potable de la planète.

 

     L’eau constitue l’une des trois sources de vie fondamentales sur la Terre. La pénurie en eau potable handicape la santé des populations de nombreux pays du Sud – particulièrement celle des PMA – ainsi que leur avenir vers un développement durable et harmonieux. Plus de 40 000 enfants, de un mois à dix ans, meurent chaque jour de maladies liées à la consommation d’eau contaminée par une pollution de plus en plus aveugle.

 

     L’accès à l’eau potable est un droit humain fondamental, puisque fil conducteur de la vie. Or, un tiers de la population des Pays en Développement n’a pas accès à l’eau potable et donc aux 25L. d’eau par jour et par personne qui constituent un plancher sanitaire absolu. La répartition de l’eau est inégale et inéquitable, tant au niveau mondial entre Nord et Sud, qu’à l’intérieur d’un Etat, d’une ville ou d’un village.

 

      Comment peut-on, en particulier grâce à l’éducation formelle ou informelle, « partager équitablement l’eau disponible », « atteindre une consommation rationnelle qui élimine le gaspillage », « contrôler la pollution et recycler les eaux usées », « apprendre, enfin, la valeur et le respect de cette source de vie universelle » ? Autant d’éléments – clés sur lesquels repose, en grande partie, un développement humain durable.   

 

Dans le cadre de la 32e session de la Conférence Générale de l’UNESCO Le Comité de Liaison se propose d’organiser une Table-ronde sur
« Les Savoirs sur l’eau, pour une société humaine, plus juste et plus digne : notre affaire à tous »

 

   La consommation, la gestion, la conservation de l’eau, relèvent des responsabilités individuelles et collectives. L’éducation et l’information doivent faire partie intégrante d’une politique de gestion de l’eau. Une gestion efficace de l’eau repose sur une approche globale et intégrale à tous les niveaux, de sa production à son rejet dans la nature. L’eau ne peut être considérée comme une commodité commerciale.

               

 Le souci du bien-être des générations futures devrait nous conduire à « rendre à nos enfants » et aux générations qui les suivront « la Terre que nous leur empruntons » dans une situation de développement humain respectable et durable.

 

Contribution de l ‘enseignement supérieur au développement durable

 

Trois organisations regroupant des universités et l’UNESCO se sont alliées pour former un « Global Higher Education Sustainability Partnership (GHESP) et ont signé la Déclaration et le Plan d’Action de Lunebourg, qui confirment le rôle crucial que peuvent jouer les universités dans la promotion et la protection  du développement durable au travers de l’enseignement, de la recherche et de l’action au service de la communauté. Les membres du GHESP se sont engagés à se saisir collectivement des questions de mondialisation, du poids de la dette, de justice, de démocratie, de paix et de protection de l’environnement – des questions qui s’interpénètrent - en créant un environnement d’apprentissage global. L’UNESCO s’impliquera notamment en apportant un soutien qui permettra ainsi au GHESP de prospérer et en particulier de permettre aux universités des pays en développement de jouer un rôle actif dans cet effort. GHESP s’inscrira dans le suivi de Johannesbourg et des séminaires de spécialistes  débuteront en septembre 2002 dans des pays en développement pour identifier et partager les bonnes pratiques et les ressources ainsi que pour commencer à en  créer de nouveaux si besoin est.

Création d’un site web

 

L’UNESCO devrait créer un site web sur les questions de développement durable, site qui accueillerait les ONG, à l’image de ce qui a été fait pour l’Année Internationale pour la Culture de la Paix, leur permettant ainsi d’apporter leurs expériences et leurs témoignages au sein d’une véritable plate-forme d’échanges et de communication 

 

[1] Extrait de la Déclaration Commune faite à l’occasion du Deuxième Anniversaire du Forum de Dakar par les Dirigeants de l’UNESCO, de l’UNICEF, du FNUAP, du PNUD et de la BANQUE MONDIALE (26 Avril 2002).

[2] Se reporter à l’annexe

[3] Extrait du dépliant « Femmes, Paix et Développement durable ».